Du sang, partout, comme autant d'étoiles dans le ciel de ma folie. J'ai senti la déchirure de chaque organe contre le métal inéluctable de mes balles, et j'ai imaginé cette vie qui abandonne doucement le corps, pour ne laisser qu'un amas de chair et le souvenir délicieux d'un hurlement stoppé net. Petit à petit, mon esprit se détend, et la haine qui animait chacun de mes muscles s'étire jusqu'à recouvrir toute ébauche de remord dans la caverne de mon âme. C'est cette haine qui m'a poussé à tuer, à prendre des vies, à débarrasser l'humanité de sa déchéance. Violeurs, tueurs, toutes ces âmes torturées qui contaminent l'essence même de l'homme. Alors j'ai tué. Implacablement, froidement, sans colère ni regret. Et j'imagine l'âme qui s'éloigne dans une plainte silencieuse, je peux presque la voir, s'allongeant jusqu'au ciel d'où elle était rejetée, car il n'y a ni paradis ni enfer, juste les grandes plaines glacées de l'éternité, une éternité avec pour seule compagnie le souvenir de ses actes, et peut-être le remord, ou pas... Quelle différence après tout ? une vie pour une vie, une douleur pour une douleur. Je ne pardonne pas, je punis, sans discernement, et je savoure la peur dans le regard du condamné, la sueur qui perle à son front, et l'accélération de son souffle dans le silence accusateur. Il n'y a pas de justice sur terre, pas plus qu'au ciel. Alors je fais ma propre justice. Et chacune de ces morts allège mon c½ur. Ma haine ne fait plus qu'un avec ma peine, je me nourris de toute la haine du monde, et je renforce cette froideur en moi. Mes yeux n'expriment rien, aucune émotion, pas même du contentement. Juste de la haine. De grands yeux noirs, mais totalement inexpressifs. J'ai appris enfant à me protéger derrière une façade de guerrière, puissante et insensible. Je ravalais mes larmes avec ma pinte, et personne n'a tenté de se mesurer à moi, les gens craignent ma stature, mes poings serrés, mon regard froid et mon rictus dédaigneux. Seuls savent ceux qui on tenté de découvrir le c½ur sous la glace. Des yeux vides, secs, si froids d'avoir trop pleuré.
Je crois que ma haine se développe avec ma paranoïa : j'ai été trahie si souvent que je ne peux accorder aucune confiance. Je préfère imaginer le pire et avoir une agréable surprise, malgré l'angoisse de l'attente et de l'incertitude. Cette angoisse devient violence, qui devient haine, pour me rendre aussi froide que la glace, et aussi destructrice que le feu. La violence, sous toutes ses formes, mais toujours présente, toujours active dans mon cheminement vers la mort. Je crois que j'ai même dépassé le stade de la mélancolie, pour tomber dans ce tourbillon de folie pure et inflexible. Lorsque elle monte en moi, je la visualise parcourant mes veines, échauffant mon sang jusqu'à le faire bouillir, jusqu'à ce qu'il ne soit qu'une douleur parcourant mes membres. Alors mes poings se crispent, ma mâchoire se serre et mes muscles se contractent jusqu'à ce que je ne sois plus qu'une masse nerveuse, prête à frapper, à tuer.